Migration: le Parlement européen vote mercredi le règlement sur les retours
Les eurodéputés votent mercredi le règlement sur les retours des migrants déboutés du droit d'asile, un volet controversé de la politique migratoire européenne, que ses détracteurs considèrent comme une illustration de la convergence entre droite et extrême droite sur un thème sensible dans l'opinion.
La loi prévoit une batterie de mesures pour accélérer les expulsions et limiter les recours quand une demande de protection est refusée. Elle permet aux Etats membres qui le souhaitent d'installer des centres en dehors de l'Europe pour y renvoyer les exilés déboutés.
Cette perspective très attendue par plusieurs pays, dont la Grèce, qui espère disposer d'une telle structure - souvent décrite comme un "hub de retour" - dès 2027.
Ce nouveau durcissement de la politique migratoire de l'UE a fait l'objet il y a deux semaines d'un accord entre les Vingt-Sept et les eurodéputés.
Il doit néanmoins encore franchir l'étape de la validation par un vote en séance plénière au Parlement, prévu à la mi-journée à Strasbourg.
Aujourd'hui dans l'Union européenne, environ 20% des décisions d'expulsion des étrangers en situation irrégulière aboutissent réellement à un retour, une statistique très critiquée par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme.
Sous pression pour serrer la vis, la Commission européenne a donc présenté il y a un an un texte visant à augmenter le nombre d'expulsions, au grand dam des élus de gauche et des ONG de défense des droits humains.
Ceux-ci ont fait valoir que la création de centres de retour hors de l'UE (au terme d'accords avec les pays tiers) comportait de graves risques de violation des droits.
D'autant que les négociateurs du texte "ont fait retirer l'obligation de mettre sur pied un mécanisme de surveillance des droits fondamentaux dans ces centres", a rappelé l'élue écologiste Melissa Camara.
- "La maîtrise de leurs frontières" -
Amnesty International a dénoncé une "extension des mesures punitives et restrictives" risquant de "plonger davantage de personnes dans des situations précaires".
"C'est la fin de plusieurs décennies d'impuissance face à l'immigration illégale", a au contraire salué l'eurodéputé français François-Xavier Bellamy (PPE, droite), lors d'un débat au Parlement à la veille du vote.
Tablant sur un "large soutien" de l'hémicycle lors de ce vote final, cet élu conservateur s'est dit "fier" de "rendre aux citoyens européens la maîtrise de leurs frontières".
Son propos fait écho à ce qu'a exprimé le commissaire européen en charge de l'immigration, Magnus Brunner. Garantir davantage de retours effectifs "c'est ce qu'attendent les citoyens et c'est ce que nous leur offrons", a dit le responsable autrichien.
Au centre de l'échiquier, le groupe Renew est divisé sur la question des hubs. Certains élus souhaitent exclure les familles avec enfants de la possibilité de renvoi vers des pays tiers lointains.
A l'extrême droite, les Patriotes pour l'Europe se sont félicités de constater à quel point leurs idées pesaient désormais dans le débat. "Notre groupe a été l'aiguillon idéologique de cette négociation", a déclaré Jordan Bardella, chef du Rassemblement national.
Ce texte visant à augmenter et faciliter les retours avait été réclamé par une majorité de pays membres quelques mois seulement après l'adoption du Pacte sur la migration et l'asile, une grande réforme - entrée en vigueur vendredi dernier - prévoyant déjà des contrôles de sécurité renforcés.
Mardi les partisans dans l'UE d'une ligne dure sur la migration ont marqué un nouveau point. Réunis à Bruxelles, les ministres des Affaires européennes des 27 ont approuvé un texte demandant que le futur budget pluriannuel de l'UE contribue à des "solutions innovantes" sur les retours d'illégaux, une allusion aux "hubs", qui pourraient à terme être soutenus par des fonds européens.
D.Kaminski--GL