Au sommet des Alpes suisses, une balançoire géante pour attirer les estivants
A mesure que le télésiège approche du sommet du Grand Chamossaire, dans la station alpine suisse de Villars, des cris mêlant frayeur et jubilation résonnent au-dessus du vide.
Perchée au sommet de la montagne, à 2.110 mètres d'altitude, une imposante structure en forme de V supporte une immense balançoire qui propulse ses passagers face à un spectaculaire panorama alpin.
"Une petite boule au ventre quand même, mais quand on y est après c'est incroyable: on a l'impression d'être un oiseau", confie Alexandra Henchoz, 37 ans, venue tester l'attraction avec son mari et leur fille de 10 ans.
Inaugurée au début du mois, la balançoire du Grand Chamossaire est la dernière initiative en date des stations alpines pour attirer des visiteurs l'été et rentabiliser leurs remontées mécaniques, alors que l'enneigement devient de plus en plus incertain sous l'effet du changement climatique.
"On cherche vraiment à diversifier notre offre", explique à l'AFP Martin Deburaux, directeur du domaine skiable de Villars-Gryon-Diablerets.
Cette nouvelle balançoire de 12 mètres de haut, semblable à d'autres déjà installées notamment à Megève ou à la Clusaz en France, "nous permet finalement d'avoir une source d'attraction qui peut fonctionner indépendamment des conditions d'enneigement", souligne-t-il.
M. Deburaux rappelle que la station a enregistré une fréquentation record au cours des deux dernières saisons hivernales, les skieurs qui fréquentaient habituellement des domaines situés à plus basse altitude s'étant tournés vers des stations plus élevées et mieux enneigées.
"Néanmoins, on constate qu'on fait face au changement climatique. On a également réalisé une étude sur le potentiel d'enneigement qu'on aura en 2050, et on se prépare simplement à avoir moins de neige ou à avoir des enneigements plus aléatoires."
- Tripler la fréquentation estivale -
Aujourd'hui, la station accueille plus de 700.000 visiteurs en hiver, contre seulement 100.000 en été.
Son objectif est de tripler la fréquentation estivale au cours des prochaines années, explique Martin Deburaux, en soulignant que cela passera par une multiplication des activités proposées.
Il précise aussi que la balançoire a été volontairement implantée dans un secteur déjà très fréquenté, afin de préserver les zones plus sauvages du domaine pour les amateurs de nature.
À proximité, des randonneurs empruntent les sentiers verdoyants, tandis que des vététistes casqués et bardés de protections dévalent une piste de terre escarpée.
Le parcours longe une fresque éphémère de "land art" réalisée sur un flanc de montagne par l'artiste français Saype, représentant un enfant en train de dessiner.
Accessible à toute personne munie d'un forfait de remontées mécaniques, la balançoire peut accueillir trois personnes à la fois.
Chaque participant prend place à califourchon sur une selle fixée à une structure métallique évoquant un bouquetin des Alpes. Solidement sanglé, il s'agrippe à un guidon.
Un ingénieux système de câbles et de poulies hisse ensuite les passagers jusqu'à un angle de 90 degrés, les laissant suspendus face contre terre.
Lorsque le câble de sécurité est brusquement libéré, la balançoire bascule dans le vide. Les cris d'excitation, mêlés à quelques jurons, accompagnent la descente, avant que s'offre soudain une vue spectaculaire sur la vallée, avec les sommets rocheux et légèrement enneigés en toile de fond.
Marc Truffer, 70 ans, raconte avoir été à la fois terrifié et enthousiaste à l'idée d'essayer l'attraction.
"Eh bien, ça fait peur, comme je m'y attendais, et puis j'étais sans voix, je n'ai même pas crié", confie-t-il à l'AFP. "Ca coupe le souffle à la descente et puis après la vue est magnifique."
L.Sawicki--GL