Périscolaire : la Ville de Paris, Grégoire et Hidalgo visés par une plainte de familles
"Briser le silence institué": une quinzaine de familles, qui dénoncent des violences et atteintes sexuelles sur leurs enfants, ont annoncé vendredi porter plainte contre la Ville de Paris et son maire socialiste Emmanuel Grégoire, ainsi que sa prédécesseure Anne Hidalgo dont il fut l'adjoint.
Réunies autour du collectif MeTooEcole, ces familles, dont les enfants sont scolarisés dans des écoles des IXe, XIe et XVe arrondissements, demandent à la justice d'examiner ce que ces responsables savaient des dysfonctionnements dans le périscolaire parisien, et leur absence d'action supposée pour y remédier.
La plainte, que Mes Maxime Delacarte, Elise Le Gall, Julia Basile et Kathleen Taieb ont annoncé déposer auprès du parquet de Paris, vise un ensemble de personnes dont l'ancienne maire PS Anne Hidalgo (2014-2026), et son successeur Emmanuel Grégoire.
"La Ville de Paris savait mais n'a pas agi (...). Cette plainte vise à briser le système de silence qui a été institué" depuis plus de dix ans, a déclaré Me Delacarte lors d'une conférence de presse. "La question de la responsabilité d'Emmanuel Grégoire est encore ouverte aujourd'hui", a précisé l'avocat, alors qu'il n'a pas encore été mis en cause par la justice depuis que le scandale a éclaté, au printemps 2025.
Sollicité par l'AFP, l'entourage d'Emmanuel Grégoire indique qu'il "prend acte" et "se tient naturellement à disposition pour apporter toute sa coopération à la justice". Le maire, depuis sa prise de fonctions en mars 2026, est "pleinement mobilisé en faveur de la protection des enfants et la sécurité dans le périscolaire, tant pour accompagner les victimes et leurs familles que pour renforcer les dispositifs de prévention, de signalement et de contrôle", assure-t-il.
Celui qui fut dix ans adjoint à l'Hôtel de Ville, dont six ans premier adjoint d'Anne Hidalgo (2018-2024), est cité dans la plainte "en tant que maire en exercice et ancien premier adjoint", a précisé Me Delacarte. Emmanuel Grégoire a quitté l'Hôtel de Ville à l'été 2024 pour devenir député.
Patrick Bloche, qui fut en charge des affaires scolaires à l'Hôtel de Ville et premier adjoint d'Anne Hidalgo jusqu'en 2026, est également visé.
En 2015, un rapport de l'Inspection générale de la Ville avait "relevé la situation de risques et fait 50 recommandations absolument pas suivies d'effets", a relevé Me Delacarte, déplorant qu'il ait "fallu attendre 2025 pour avoir le frémissement de mesures".
La plainte évoque la mise en danger délibérée d'autrui, la non-assistance à personne en danger et la non-dénonciation d'infraction sur les enfants, parfois âgés de deux à quatre ans.
- "Connaissance au plus haut niveau" -
Le nombre d'animateurs suspendus par la Ville pour des faits à caractère sexuel (20 en 2025, puis 52 depuis le début de l'année 2026) "traduit une connaissance, au plus haut niveau de l'exécutif municipal, de l'ampleur et de la récurrence du phénomène", selon la plainte dont l'AFP a eu connaissance.
Au plan pénal, Anne Hidalgo et Patrick Bloche sont déjà directement visés par trois plaintes déposées fin août par des familles de l'école Saint-Dominique (VIIe arrondissement).
"Il n'y a jamais eu de la part d'Anne Hidalgo ni défaillance, ni faiblesse, ni inaction. Qui peut imaginer la maire de Paris vouloir protéger des prédateurs sexuels ?", avait rétorqué son avocat Me Patrick Klugman.
Une vingtaine d'élus de la droite et du centre, dont la maire du VIIe arrondissement Rachida Dati, ainsi que le groupe coprésidé par Sophia Chikirou (LFI), ont aussi fait un signalement au parquet.
Anne Hidalgo, Patrick Bloche et Emmanuel Grégoire doivent par ailleurs être auditionnés mi-septembre par la commission d'enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire à l'échelle nationale.
Emmanuel Grégoire a engagé un plan d'action de 20 millions d'euros de lutte contre les violences sexuelles dans le périscolaire, érigé en "priorité absolue" de son début de mandat.
Depuis début 2026, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville de Paris, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Plus de 200 enquêtes pénales sont par ailleurs en cours dans les écoles primaires et les crèches de la capitale, en milieu scolaire et périscolaire.
"Ces mesures, on les salue bien sûr. Le problème n'est pas de les annoncer, mais de les contrôler sur le terrain", a souligné Me Taieb.
O.Zawadzki--GL