Canal du Panama: le Danois Maersk exploitera temporairement deux ports après l'annulation de la concession de CK Hutchison
Le Panama a annoncé vendredi que le géant danois du transport maritime Maersk exploitera temporairement deux ports du canal reliant l'Atlantique au Pacifique, après l'annulation la veille par la justice panaméenne de la concession accordée au groupe hongkongais CK Hutchison.
La Cour suprême du Panama a invalidé la concession dont jouissait CK Hutchison pour exploiter deux ports situés aux deux extrémités du canal, celui de Cristobal, côté Atlantique, et de Balboa, côté Pacifique, provoquant une vive réaction de Pékin qui a promis de "protéger les droits et intérêts légitimes de ses entreprises".
Cette annonce a eu lieu alors que les États-Unis cherchent à limiter l'influence chinoise sur cette voie stratégique, exacerbant les tensions autour du canal de 80 kilomètres par lequel transite environ 5% du commerce maritime mondial. Les États-Unis et la Chine en sont les deux principaux utilisateurs.
"Les Etats-Unis sont encouragés par la récente décision de la Cour suprême du Panama déclarant inconstitutionnelles les concessions portuaires accordées à la Chine", s'est réjoui sur X le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio.
L'Autorité maritime du Panama a indiqué vendredi que le gouvernement panaméen "comptera, le moment venu, sur le soutien spécialisé d'APM Terminals (filiale de Maersk) en tant qu'administrateur temporaire" des ports de Balboa et Cristobal.
Cette entreprise "est l'un des opérateurs maritimes les plus fiables au monde, ce qui en fait une option adéquate pour assumer cette responsabilité", a ajouté l'autorité dans un communiqué.
Le président panaméen José Raul Mulino avait auparavant évoqué des "discussions" avec Maersk pour "prendre temporairement en charge l'exploitation des deux terminaux".
Dans un premier temps, "il y aura une période de continuité avec l'opérateur actuel", après quoi "débutera une période de transition, qui aboutira à une nouvelle concession à des conditions favorables à notre pays", a expliqué M. Mulino.
Les ports panaméens "continueront de fonctionner sans interruption", a-t-il assuré.
Le chef de l'Etat panaméen avait qualifié à plusieurs reprises de "contraires aux intérêts nationaux" les contrats en vertu desquels CK Hutchison exploitait les ports.
Dans un communiqué, la filiale de Maersk a confirmé "sa disposition à assumer l'exploitation temporaire" afin de "prévenir tout risque" pour le commerce mondial.
- Pression américaine -
La Cour suprême a jugé jeudi "inconstitutionnelles" les lois en vertu desquelles le groupe hongkongais opère ces infrastructures.
La nullité des contrats avait été demandée par la Cour des comptes panaméenne, qui avait déposé deux plaintes l'an dernier, estimant qu'ils présentaient des irrégularités.
"La partie chinoise prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre résolument les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises", a réagi Guo Jiakun, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un point presse régulier.
Le gouvernement de Hong Kong a également répondu vendredi, affirmant dans un communiqué qu'il "désapprouve vivement et rejette fermement cette décision". L'exécutif de la région administrative spéciale dit s'opposer "catégoriquement à ce que tout gouvernement étranger utilise des moyens coercitifs, répressifs ou autres pratiques déraisonnables dans les relations économiques et commerciales internationales".
Panama Ports Company (PPC), filiale de CK Hutchison, a dénoncé une décision qui "manque de fondement juridique et met en péril non seulement PPC et son contrat, mais aussi le bien-être et la stabilité de milliers de familles panaméennes qui dépendent directement ou indirectement de l'activité portuaire".
- Prudence des investisseurs -
Fondé par le milliardaire Li Ka-shing, CK Hutchison est l'un des plus grands conglomérats de Hong Kong, présent notamment dans la finance, le commerce de détail, les infrastructures, les télécommunications et la logistique.
Sa filiale PPC gère les ports de Cristobal et de Balboa depuis 1997. Elle avait obtenu une première concession de 25 ans, prolongée pour une durée équivalente en 2021.
Construit par les Etats-Unis et inauguré en 1914, le canal est passé sous contrôle panaméen en 1999 dans le cadre de traités bilatéraux négociés sous la présidence du démocrate américain Jimmy Carter (1977-1981).
A son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a menacé à plusieurs reprises l'an dernier de reprendre le contrôle du canal, estimant qu'il se trouve sous l'influence de Pékin. Il a également exigé du Panama des conditions préférentielles pour son utilisation par les navires américains.
En mars, CK Hutchison avait accepté de céder le contrôle des deux ports à un conglomérat mené par le fonds américain BlackRock, mais la transaction, que la Chine considère avec suspicion, n'a toujours pas été finalisée.
Après l'annonce venue du Panama, l'action du conglomérat a perdu 4,6% en séance vendredi à la bourse de Hong Kong.
Selon Kelvin Lam, économiste chez Pantheon Macroeconomics, "dorénavant, les pays étrangers vont être de plus en plus prudents lorsqu'il s'agira d'investir des capitaux dans des projets d'infrastructures stratégiques dans l'arrière-cour des États-Unis, en particulier pour les pays qui n'entretiennent pas de bonnes relations avec ces derniers".
E.Krawczyk--GL