Sud-Ouest: environ 200.000 "réfugiés du feu" évacués, le record de surfaces brûlées de 2022 déjà battu
Paysages de "désolation", "réfugiés du feu" qui affluent en masse dans des centres d'accueil bondés: les incendies d'une ampleur inédite qui ont forcé à évacuer environ 200.000 personnes en Gironde et dans les Landes, ne sont toujours pas maîtrisés samedi et mobilisent des moyens renforcés des sapeurs pompiers et militaires.
"C'est la désolation", souffle Matthieu Plessis, 40 ans, en découvrant samedi ses poules au plumage noirci et les ruines encore fumantes de sa maison le long de la route reliant Lège-Cap-Ferret au Porge à travers la Gironde incendiée.
- "Enfants stressés"-
A Bordeaux, 5.000 à 6.000 personnes évacuées du bassin d'Arcachon et de communes environnantes, se massent au parc des Expositions transformé en centre d'accueil.
Parmi ces "réfugiés du feu", désorientés et abattus, qui ont dormi sur des lits de camp ou des tapis de sol, et parfois n'ont pas fermé l'œil, Frédéric Tavitian, 70 ans, arrivé la veille vers 19h.
"On a mis à peu près 4 heures" pour parcourir "50 kilomètres parce qu'il y avait des bouchons", explique-t-il. "A 15 heures, on nous a dit, il faut évacuer. On a vu des colonnes de fumée, comme un volcan qui allait exploser", confie-t-il.
Dehors, des enfants désoeuvrés jouent au ballon ou au badminton.
"C'est surtout les enfants qui sont stressés, ils pensent que le feu va brûler la maison, mais nous ça va", raconte Olivier Stewart, 38 ans, qui a quitté Mérignac -plus grande commune des environs (78.000 habitants) à avoir été évacuée en partie-, dans la nuit avec sa famille après avoir reçu le signal Fr-Alert.
Mobilisée, la docteure Marie Decroix part à la rencontre des habitants angoissés, incertains du devenir de leur maison face aux flammes, et des vacanciers au séjour brutalement interrompu. Elle recense sur un calepin "les besoins, surtout ceux des enfants", rappelant "les signes de déshydratation", explique-t-elle.
Une évacuation de Bordeaux n'est "pas à l'ordre du jour", a déclaré l'édile Thomas Cazenave, alors que l'incendie géant parti du bassin d'Arcachon se situe pour l'heure à une trentaine de kilomètres de la ville et est toujours hors de contrôle.
Alors que des odeurs de fumées, emmenées sur des centaines de kilomètres par les vents, s'estompent quelque peu ce samedi, quelque 1,5 million de masques FFP2 ont été acheminés dans la nuit vers la Gironde, pour protéger les secours et les populations "exposées aux fumées nocives pour la santé", a indiqué Sébastien Lecornu sur X.
"Capacités d'évacuation très largement occupées"
Et un avion militaire A400M, qui permettra de larguer 20 tonnes d'un produit retardant, sera déployé ce samedi en Gironde, a-t-il annoncé, pour renforcer les secours, dont des appareils envoyés par plusieurs pays d'Europe.
La veille, l'évacuation de 40.000 personnes de la chic station balnéaire de Lège-Cap-Ferret par l'unique route existante - mais aussi de façon inédite, par une noria de bateaux -, a créé des bouchons.
Pour le ministre Laurent Nuñez, il est "très probable" qu'il s'agisse de l'opération d'évacuation de civils la plus importante jamais menée en France, hors conflit.
A ce stade, "les capacités d'évacuation commencent à être très largement occupées", a averti samedi matin sur France2 le lieutenant-colonel David Annotel, représentant de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.
Sur le terrain en Gironde et dans les Landes, un millier de militaires sont désormais déployés ou le seront dans les prochaines heures, en renfort des sapeurs-pompiers, a annoncé vendredi soir le Premier ministre Sébastien Lecornu, à l'issue d'une cellule interministérielle de crise. Une autre réunion est prévue en fin d'après-midi samedi.
- "Vents tourbillonnants" -
Sur le millier de sapeurs-pompiers mobilisés dans une "lutte acharnée" contre les flammes, 42 ont été blessés et pris en charge dont neuf évacués, "tous en urgence relative", selon la préfecture.
Au sud du bassin d'Arcachon, les pompiers espèrent "fixer" l'incendie qui a parcouru 3.500 hectares depuis jeudi soir près de Biscarrosse, dans les Landes, malgré des "vents tourbillonnants".
Dans le Var, les sapeurs-pompiers ont été confrontés vendredi à plusieurs reprises de l'incendie de Pontevès, au quatrième jour de leurs opérations, avec de nouveaux départs de feu dans une zone adjacente.
Selon les données du système européen Effis qui se base sur des images satellite, les surfaces brûlées dépassent d'ores et déjà le record enregistré en 2022, alors que le mois de juillet n'est même pas achevé.
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R.Sadowski--GL