Au Portugal, l'extrême droite vise le second tour de l'élection présidentielle
L'extrême droite portugaise pourrait confirmer sa récente progression en plaçant son chef de file en tête du premier tour de l'élection présidentielle le 18 janvier, même si André Ventura n'a quasiment aucune chance de l'emporter au second tour, trois semaines plus tard.
Après la trêve des fêtes de fin d'année, la campagne, officiellement ouverte dimanche, entre dans sa dernière ligne droite avec un dernier débat télévisé mardi entre les onze candidats en lice - un record historique.
La course à la succession du conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, élu dès le premier tour en 2016 puis en 2021 et qui ne peut plus se présenter après ces deux mandats consécutifs, est extrêmement ouverte.
Fait rarissime dans l'histoire politique portugaise, la tenue d'un second tour est d'ailleurs quasi certaine, ce qui serait seulement la deuxième fois depuis l'avènement de la démocratie en 1974, après l'élection du socialiste Mario Soares en 1986.
Selon les sondages, quatre postulants sont susceptibles de se qualifier pour ce deuxième tour qui aurait lieu le 8 février: le président du parti d'extrême droite Chega, un ancien militaire à la retraite, le candidat soutenu par le gouvernement de droite au pouvoir et un ex-secrétaire général du Parti socialiste.
- "Temps de division" -
D'après les derniers sondages réalisés avant les fêtes de fin d'année, le chef de l'extrême droite André Ventura pourrait arriver en tête du premier tour, avec environ 20% des voix.
Le député de 42 ans est cependant donné battu par tous ses rivaux potentiels au second tour.
Devenue la deuxième force politique du pays aux législatives de mai dernier, l'extrême droite est "en progression" mais tout candidat qui se retrouverait au second tour face à André Ventura l'emporterait "par acclamation", estime pour l'AFP la politologue Paula Espirito Santo, de l'Institut supérieur des sciences sociales et politiques de l'Université de Lisbonne (ISCSP).
Longtemps favori mais en perte de vitesse dans les enquêtes plus récentes, l'amiral Henrique Gouveia e Melo, âgé de 65 ans et tout juste passé à la réserve après avoir été chef d'état-major de la marine de guerre, s'est fait connaître du grand public en tant que responsable du programme de vaccination mis en oeuvre pendant la pandémie de Covid-19.
"En temps de division, j'apporte l'union", promet cet ancien commandant de sous-marin face à un échiquier politique fracturé en trois blocs: la coalition gouvernementale de centre droit, l'extrême droite et l'opposition socialiste.
Un peu comme les militaires qui ont dirigé la transition démocratique au Portugal il y a 50 ans, M. Gouveia e Melo se dit au-dessus de la mêlée de la politique partisane, comme "un homme providentiel qui propose de mettre de l'ordre" dans le pays, détaille M. Espirito Santo.
- Une campagne "décisive" -
Au coude à coude avec ces deux candidats hors système, on retrouve deux postulants issus des partis traditionnels qui dirigent le Portugal depuis une cinquantaine d'années.
A droite, l'avocat d'affaires Luis Marques Mendes, 68 ans, vante l'expérience d'une longue carrière politique au cours de laquelle il a été député, ministre et président de la formation de l'actuel Premier ministre, Luis Montenegro.
Il ne devrait pourtant pas faire le plein des voix de centre droit, en raison de la concurrence directe d'un candidat libéral.
A gauche, l'ex-secrétaire général du Parti socialiste Antonio José Seguro, 63 ans, pourrait souffrir lui aussi d'une déperdition de voix avec trois autres candidats soutenus par de petites formations de gauche plus radicales.
"Nous n'avons pas toutes les cartes en main", reconnaît la politologue Paula Espirito Santo, qui prédit: "Les deux semaines de campagne seront décisives, à commencer par le débat de mardi".
Le pouvoir du chef de l'Etat portugais est surtout symbolique, mais il peut être appelé à jouer un rôle d'arbitre en cas de crise, et dispose du droit de dissoudre le Parlement pour convoquer des élections législatives.
Q.Szulc--GL