Après leur guerre douanière, les Etats-Unis et la Chine tentent de réguler leurs relations
Après des joutes à coups de droits de douane et la négociation d'une détente précaire, Washington et Pékin réfléchissent à un nouveau mécanisme visant à régenter leurs échanges commerciaux.
Pour certains observateurs, cela risque de fausser la libre concurrence. D'autres y voient un moyen d'ouvrir la voie à une cohabitation plus apaisée entre les deux premières puissances économiques mondiales.
Quelques clés d'explication sur les travaux en cours, avant une hypothétique rencontre entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping.
- De quoi s'agit-il? -
A l'issue d'une rencontre les 15 et 16 mars entre hauts responsables économiques américains et chinois à Paris, le représentant de la Maison Blanche pour le Commerce (USTR) Jamieson Greer a indiqué que la création d'un "Comité au commerce" américano-chinois avait été évoquée.
Il s'agirait, selon lui, d'un mécanisme hybride afin de formaliser et de déterminer "quels types de produits" les Etats-Unis devraient exporter vers la Chine et vice-versa.
De l'avis de Wendy Cutler, vice-présidente de l'Asia Society Policy Institute, ce comité pourrait évaluer la possibilité d'accroitre le commerce de produits non sensibles ou évoquer une réduction mutuelle des droits de douane dans les secteurs non stratégiques.
Pour l'instant, souligne-t-elle dans une note d'analyse, les responsables semblent en passe de débloquer des engagements d'achat de la part de la Chine (produits agricoles, énergie, avions).
- Est-ce nouveau? -
Chad Bown, du Peterson Institute for International Economics, y voit une forme de "commerce régulé".
Il cite auprès de l'AFP l'exemple du Japon qui, dans les années 1980, avait volontairement freiné ses exportations de voitures vers les Etats-Unis.
Plus récemment, pendant le premier mandat de Donald Trump, Washington et Pékin avaient signé un accord dans lequel la Chine s'était engagée à importer davantage de produits américains, pour une valeur de 200 milliards de dollars sur deux ans.
Cet engagement ne s'était pas concrétisé.
- Pourquoi cela suscite des inquiétudes? -
"Au lieu de supprimer les réglementations, de réduire les droits de douane et de permettre aux entreprises de décider plus facilement ce qu'elles vendent et à quel prix, le système deviendrait plus bureaucratique", alerte Joerg Wuttke, associé au sein du cabinet de conseil DGA-Albright Stonebridge Group.
"Ce n'est pas bon signe", ajoute-t-il auprès de l'AFP. "Où sont les lois du marché?"
Selon lui, cette approche pourrait réduire la compétitivité et agacer les autres pays.
Un chef d'entreprise américain ayant requis l'anonymat s'interroge: si le gouvernement contrôle les échanges commerciaux, comment choisira-t-il les entreprises prioritaires et les secteurs privilégiés?
- Est-ce que la relation sera meilleure? -
D'après Chad Bown, le nouveau mécanisme pourrait s'avérer plus fructueux que des tentatives précédentes visant à lisser leurs différends commerciaux.
"Il est clair que l'ancien système ne fonctionnait pas. Pourrions-nous essayer autre chose?", suggère-t-il, soulignant qu'une "relation plus durable" valait mieux que "des conflits qui se ravivent sans cesse".
Mais, pour que cela fonctionne, l'accord doit être acceptable et réaliste pour chacun des signataires.
"Il faudrait que les deux parties s'engagent sincèrement", prévient-il. "Et, même ainsi, ce sera vraiment, vraiment difficile."
U.Krajewski--GL