Liban: pourquoi Israël vise les ponts du Litani dans le sud
L'armée israélienne a bombardé au moins cinq des six principaux ponts au-dessus du Litani, fleuve séparant une partie du sud du Liban du reste du pays, depuis le début de sa guerre avec le Hezbollah le 2 mars.
Des experts militaires s'accordent à dire que la destruction de ces ponts vise à couper une partie du sud du reste du pays, mais ils sont divisés quant à l’impact de ces opérations sur le cours de la guerre.
"Dans toute opération terrestre militaire, (..) l’une des priorités est de perturber les transports de l’ennemi et sa capacité à se déplacer librement pour se réapprovisionner", explique à l'AFP l'expert militaire Riad Kahwaji.
Le Litani sépare du reste du pays "une importante partie du sud" du Liban, et la stratégie d'Israël "aura un impact considérable", prédit-il.
Israël a encore visé lundi un nouveau pont, reliant cette fois-ci le sud du Liban à l'est du pays, dans sa dernière attaque en date contre les infrastructures du fleuve.
"Tous ceux qui se trouvent au sud du Litani sont désormais piégés, sauf s’ils choisissent d’emprunter des itinéraires plus longs en passant par Hasbaya", petite ville du sud-est du pays, à l’extrémité sud de la vallée de la Békaa, analyse Riad Kahwaji.
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé dimanche avoir ordonné de "détruire immédiatement tous les ponts au-dessus du fleuve Litani qui servent à des activités terroristes, afin d'empêcher le passage (...) du Hezbollah et d'armes vers le sud".
Le président libanais Joseph Aoun a déclaré que ces attaques "représentent une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban", y voyant "un prélude à une invasion terrestre".
Ces destructions alimentent la peur répandue au Liban qu'Israël vide la région du sud du Litani de ses habitants, avant une offensive au sol.
- "Pas besoin de traverser" -
Mais les combattants en première ligne ont les moyens de poursuivre le combat seuls pendant plusieurs mois, estime le général Hicham Jaber, désormais retraité, contacté par l'AFP.
Les unités du Hezbollah tirant des missiles et des drones au nord du Litani sont également en mesure de lancer des attaques contre les forces israéliennes sans avoir besoin de se rapprocher de l'ennemi, selon lui.
"Les combattants sont tous munis de leur équipement (...). Ils n'ont pas besoin de traverser la rivière, sauf s'ils ont besoin d'un soutien logistique spécifique", ajoute-t-il.
"Le Hezbollah ne va pas se déplacer au sud du Litani pour lancer ses roquettes. Tout ce qui peut être déplacé sans ponts le sera, et tout ce qui ne peut pas l’être sera abandonné", précise Hicham Jaber.
Il est possible de traverser à pied le Litani, peu profond, ce qui minimise selon lui l’impact des attaques contre les ponts.
Riad Kahwaji estime à l'inverse qu'"un fleuve, même de faible profondeur, est infranchissable" lorsqu'il s'agit de le traverser avec des armes lourdes, nécessitant un transport par véhicule.
- Stratégie ancienne -
La stratégie n'est pas nouvelle. Dans sa guerre de 2006 avec le Hezbollah, Israël avait bombardé 97 ponts et viaducs sur le territoire libanais, selon des données officielles, y compris dans des zones très éloignées des combats.
La plupart de ces ponts ont été reconstruits grâce à des dons, de gouvernements étrangers voire de figures politiques ou économiques libanaises.
L’armée libanaise avait annoncé en janvier avoir démantelé les structures militaires du Hezbollah au sud du Litani. Mais le mouvement chiite pro-Iran est entré dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour des frappes israélo-américaines sur Téhéran.
Depuis, Israël mène des représailles massives à travers une vaste campagne de frappes aériennes sur le Liban et des avancées terrestres dans une zone tampon le long de la frontière, qui ont fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.
C.Pawlowski--GL