Washington appelle à cesser les échanges avec le Nicaragua, dénonçant une "dictature brutale"
Les Etats-Unis ont exhorté mercredi leurs alliés à cesser leurs échanges avec le Nicaragua, qui vient d'adopter une réforme qui empêche les opposants de participer aux élections, verrouillant encore le pouvoir du président Daniel Ortega.
"Les dictatures qui bafouent les droits de leurs citoyens ne devraient pas bénéficier des mêmes avantages économiques ou politiques que les gouvernements engagés dans la défense de la paix et de la sécurité", a déclaré le chef de la diplomatie Marco Rubio dans un communiqué, dénonçant une "dictature brutale" et appelant la communauté internationale à accroître la pression sur Managua.
Approuvée mardi à l'unanimité par l'Assemblée nationale, la réforme constitutionnelle a une portée essentiellement symbolique dans un pays où les opposants ont été emprisonnés ou contraints à l'exil et où seuls des partis mineurs alignés sur le gouvernement subsistent aux côtés du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) de M. Ortega.
M. Ortega a fait valoir que cette mesure protégeait le Nicaragua d'une ingérence de Washington, qu'il accuse d'avoir cherché à le renverser via un mouvement de manifestations en 2018, dont la répression avait fait environ 350 morts, selon l'ONU.
Sans faire directement référence à Marco Rubio, Daniel Ortega a déclaré mercredi soir que les États-Unis étaient "l'ennemi" de pays comme le sien.
"Simplement parce que c'est une puissance militaire mondiale, ils se sentent autorisés à attaquer", a-t-il critiqué lors d'une cérémonie marquant l'anniversaire de l'armée nicaraguayenne.
"À ceux qui nous menacent constamment, vous avez ici un peuple et une armée qui ne seront jamais achetés et ne se rendront jamais", a ajouté le dirigeant.
- Sanctions -
Début août, les Etats-Unis et leurs alliés au sein de l'Organisation des Etats américains (OEA) ont appelé cette instance à prendre des mesures à l'encontre du Nicaragua en raison de la réforme.
"La guerre menée par Murillo et Ortega contre la démocratie menace la stabilité et la prospérité" du continent, a martelé mercredi M. Rubio.
Le gouvernement américain "reste déterminé à identifier et à mettre en œuvre des mesures visant à lutter contre les violations des droits humains commises par Murillo et Ortega, notamment au sein d'instances telles que l'OEA", a-t-il dit.
Malgré la pression exercée par le gouvernement de Donald Trump, les Etats-Unis restent le principal partenaire commercial du Nicaragua, qui bénéficie également de crédits accordés par des banques internationales et le FMI de crainte d'une catastrophe humanitaire.
Daniel Ortega avait gouverné le Nicaragua dans les années 1980 après l'insurrection qui avait renversé le dictateur Anastasio Somoza, soutenu par les Etats-Unis.
Revenu au pouvoir en 2007 et réélu depuis lors de scrutins entachés d'irrégularités, il n'a depuis cessé de renforcer son emprise sur ce pays d'Amérique centrale de 7 millions d'habitants, où la Chine a d'importants intérêts miniers.
La répression s'est encore accrue après les manifestations de 2018, contraignant près d'un million de Nicaraguayens à l'exil et sonnant le glas de la presse indépendante.
L'Union européenne et les Etats-Unis imposent depuis cette date des sanctions au pays.
Lors des élections en 2021, Daniel Ortega avait fait emprisonner les principaux candidats, multipliant les mesures d'exil et les déchéances de nationalité. Quelque 500 militants politiques, humanitaires, intellectuels, journalistes et prêtres avaient également été visés.
Les détracteurs de M. Ortega l'accusent de chercher à instaurer une "dictature dynastique" alors qu'il doit fêter ses 81 ans en novembre et souffre de problèmes de santé.
La réforme constitutionnelle de 2025 a élevé Rosario Murillo au rang de coprésidente, et huit des neuf enfants du couple occupent des postes stratégiques dans l'appareil d'Etat.
V.Lipinski--GL