Blocage des lycées : 564 établissements perturbés, les organisations syndicales appellent à poursuivre le mouvement
Le mouvement des lycéens se poursuit vendredi sous haute tension, avec plus de 500 établissements perturbés et quelques incidents, tandis que les syndicats et associations lycéennes ont appelé à ne pas relâcher la pression après une rencontre avec le ministre de l'Education nationale, faute de "mesures concrètes".
Débuté le 17 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, le mouvement de protestation s'est enflammé jeudi dans de nombreuses villes de France, Matignon condamnant des "violences urbaines" dont il impute la responsabilité à La France insoumise.
James, élève de seconde à Lille, déplore "la répression policière extrêmement violente qui forcément attise la colère des lycéens". "Parce que quand on voit des camarades à nous qui se font frapper, étrangler, éborgner, gazer dans tous les sens, alors qu'on essaie juste de pouvoir avoir un dialogue avec le gouvernement, forcément, ça met en colère", analyse-t-il.
- Distanciel -
Près de 400 lycées (sur les 3.700 dans le pays) étaient fermés vendredi. Le lycée Mandela de Nantes, dont le hall d'entrée a été détruit la veille par un incendie, a été fermé jusqu'aux vacances de la Toussaint.
Maélie, élève en première au lycée Faidherbe à Lille, était censée avoir cours de 10H00 à 17H00 mais "au final je vais avoir une heure trente de cours". Certains profs envisagaient une visio "mais si ça ne marche pas, ça sera une discussion sur le chat pour préparer les exposés".
Au lycée privé Don Bosco de Nice, la mise en place des cours en distanciel a été assez chaotique, selon un parent d'élève parlant sous couvert d'anonymat: "Certains professeurs ont renoncé parce que leur cours prévu en présentiel était difficilement adaptable à la dernière minute".
A la mi-journée, "564 établissements ont fait ou font l’objet d’actions ou de perturbations", selon le ministère de l'Education.
Pour le moment, la mobilisation et les incidents semblaient moindres ce vendredi, mais la situation reste difficile à évaluer.
Des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre ont été constatés dans plusieurs villes, notamment à Paris ou Strasbourg. Et un policier a été violemment frappé à Belfort par des "émeutiers", selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
"Ce matin, notre lycée devait être ouvert mais des jeunes qui ne sont pas du lycée sont venus juste pour mettre le feu", témoigne Eliott, 16 ans, élève de première dans un établissement de La Rochelle. "On voulait juste faire un blocus en étant pacifiques, comme hier où tout s'était très bien passé, mais ce matin, ça a dégénéré", déplore-t-il.
"Le but, c'est de faire des mouvements pacifiques pour se faire entendre et ces casseurs nous desservent complètement en brûlant nos lycées", regrette elle aussi Maëlle, élève du lycée bordelais François-Mauriac, dont l'entrée a été détruite par un incendie jeudi.
- "En danger" -
Sur BFMTV, Edouard Geffray a demandé l'aide des parents : "Dans la rue, les enfants sont en danger".
Afin de renouer le dialogue, le ministre a rencontré vendredi les syndicats de l'éducation et associations lycéennes, dont l'Union syndicale lycéenne, fer de lance de la mobilisation, et des parents d'élèves, ainsi que les élus du Conseil national de la vie lycéenne.
Mais les organisations ont appelé à poursuivre le mouvement, faute de "mesures concrètes" proposées par le ministre.
"L'Union syndicale lycéenne appelle à continuer la mobilisation, à continuer les manifestations et à rejoindre le mouvement de l'acte 3 mardi", journée de grande manifestation nationale, à laquelle la CGT et Solidaires vont se joindre, selon le président de l'USL Ryad Rani.
Jeudi, "1.027 établissements", sur environ 3.700 lycées en France, "ont été concernés par le mouvement lycéen", selon le ministère de l'Intérieur qui a comptabilisé près de 2.000 interpellations.
De premières gardes à vue ont abouti, dans les tribunaux, à de premières condamnations à des travaux d'intérêt général. Plus de 300 policiers et gendarmes ont été blessés, a détaillé M. Nuñez.
Edouard Geffray a précisé que 65 personnels de l'Éducation nationale - dont 40 proviseurs - et 170 élèves ont été blessés depuis le début du mouvement.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a demandé aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents en cas de dégâts provoqués par leurs enfants afin de leur faire "payer les réparations".
A sept mois de la présidentielle, dans un climat social et politique électrique, cette mobilisation est plus que sensible.
Selon les services du Premier ministre, le mouvement serait une "manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche". Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a reproché à Matignon de "sombrer dans le complotisme".
Parmi les étudiants entrés eux aussi dans la mobilisation cette semaine, Kyziah Maurin-Sene, 18 ans, en première année d’histoire de l’art à Strasbourg. Pour elle, "ce mouvement de colère est politique mais c’est la jeunesse qui est politique en elle-même". "C’est pas la gauche qui nous a dit +allez manifester+".
Et Mel, élève de première à Lille d'enfoncer le clou: "Sans LFI ou avec, je serais venue manifester pour mes droits (...) et je vais continuer jusqu'à ce que ça change".
V.Staniszewski--GL