Véhicules autonomes: l'Europe risque un retard majeur, selon un rapport du Plan
L'Europe est "loin du compte" dans la course aux véhicules autonomes, en plein essor en Chine et aux États-Unis: à moins d'une stratégie de rattrapage, elle risque dans ce domaine de devenir une "colonie numérique" et dépendre d’acteurs étrangers,avertit une note du Haut-Commissariat au Plan publiée lundi.
L'Europe pourrait se différencier des acteurs américains et chinois avec des véhicules autonomes intégrés au système de transports en commun, plutôt que de privilégier des robotaxis, qui font la moitié de leurs trajets à vide. Dépassée sur la technologie à l'échelle du véhicule, elle reprendrait ainsi la main sur le modèle de mobilité, préconise l'institution.
"Il faut qu'on l'anticipe parce que ça va tout changer", a déclaré le Haut-Commissaire au Plan Clément Beaune sur France 2 lundi. "Tous les modèles sont américains ou chinois aujourd'hui. Il faut se lancer, tester, parce que c'est en voyant ces véhicules dans nos rues qu'on va réguler et innover".
Le Plan préconise des véhicules autonomes mais partagés: "Aller au travail avec son véhicule autonome, le laisser ensuite repartir en journée pour transporter des personnes âgées qui l’auront loué pour un trajet chez le médecin en zone rurale, et le réutiliser pour rentrer le soir: voici le type d’exploitation qui sera rendu possible par cette révolution", indique la note.
Les robotaxis se développent à grande vitesse dans les villes chinoises et américaines. En Chine, où le marché est dominé par Apollo, filiale de Baidu, Pony AI, WeRide, Didi et SAIC, Goldman Sachs prévoit 500.000 robotaxis en 2030 puis 1,9 million en 2035, contre 4.100 en 2025.
Ces acteurs visent maintenant l'Europe, malgré les obstacles réglementaires: Waymo (filiale d'Alphabet, maison mère de Google) va se lancer à Londres en 2026, Pony AI va tester des vans autonomes au Luxembourg en partenariat avec Stellantis, WeRide opère déjà en Belgique, en Espagne et en Suisse et Uber compte déployer cette année à Munich des robotaxis avec la technologie chinoise de Momenta.
Le rapport recommande de faire émerger deux ou trois champions européens "massivement financés" pour tenir tête aux acteurs américains et chinois, d'inclure le véhicule autonome dans la logique de préférence européenne et de prendre le leadership sur la technologie du système de mobilité, sous la houlette d'acteurs publics. En France, il propose d'identifier cinq à dix territoires pilotes pour y déployer à grande échelle des véhicules autonomes intégrés au système de mobilité local.
E.Dudek--GL