Pékin annonce des restrictions d'exportation visant 20 entités japonaises
Pékin a annoncé lundi avoir ajouté 20 entités japonaises sur sa "liste noire" de contrôle des exportations, leur interdisant l'accès aux biens chinois à double usage civil et militaire, nouvelle escalade après des mois de tensions avec Tokyo.
Les entités sanctionnées ont "participé au renforcement des capacités militaires du Japon", a expliqué le ministère chinois du Commerce dans un communiqué.
Ces restrictions visent à "préserver la sécurité et les intérêts nationaux" et à "respecter les obligations internationales, notamment en matière de non-prolifération", précise-t-il.
Tokyo a jugé la mesure "inacceptable et profondément regrettable": le gouvernement japonais a adressé "une vive protestation" et "examinera attentivement les implications (pour) prendre les dispositions nécessaires", a déclaré son porte-parole Minoru Kihara.
Les tensions bilatérales se sont aggravées après que la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a suggéré en novembre dernier que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d'attaque chinoise sur Taïwan, île dont Pékin revendique la souveraineté.
La Chine avait réagi avec colère, notamment en conseillant à ses ressortissants —jusqu'à récemment la principale source de touristes étrangers au Japon-- d'éviter l'archipel.
Les autorités chinoises avaient accentué la pression en février en imposant des restrictions d'exportation à une vingtaine d'entreprises japonaises qu'elles accusaient de participer au renforcement militaire de leur pays.
-Pression sur les terres rares-
Les nouvelles entités sanctionnées lundi par Pékin comprennent diverses filiales spécialisées et entreprises technologiques fournissant des composants et un soutien en ingénierie au secteur de la défense japonais.
On y trouve des filiales du conglomérat de défense, de construction navale et d'aéronautique Mitsubishi Heavy Industries (MHI) ainsi que l'Institut national pour les études de Défense, groupe de réflexion du ministère nippon de la Défense.
Pékin avait annoncé dès début janvier un durcissement des contrôles sur les exportations vers le Japon d'articles chinois à double usage potentiel. Des médias japonais avaient rapporté des restrictions sur les acheminements chinois de terres rares.
La Chine a le quasi-monopole mondial pour la production et le raffinage des terres rares, composants essentiels à la fabrication de nombreux produits de haute technologie. Le Japon dépend de la Chine pour quelque 70% de ses importations de terres rares.
Par ailleurs, Pékin a annoncé lundi l'ajout de 20 autres entités japonaises à une "liste de surveillance", ce qui implique de strictes évaluations des risques et garanties que les biens à double usage vendus ne renforceront pas la puissance militaire japonaise.
-"Mauvaise voie"-
"Depuis quelque temps, la partie japonaise (...) s'est davantage engagée sur une mauvaise voie, intensifiant sa poussée vers une +nouvelle forme de militarisme+ (...) déployant des armes offensives", a insisté lundi un porte-parole du ministère chinois du Commerce dans un communiqué distinct.
"La décision de la Chine est tout à fait justifiée, raisonnable et légale", a-t-il affirmé, ajoutant qu'elle "n'affecte pas les échanges économiques et commerciaux normaux entre la Chine et le Japon".
Sous Mme Takaichi, Tokyo a accéléré son tournant vers une politique de défense plus proactive, s'éloignant encore davantage --avec l'encouragement des Etats-Unis-- de sa posture pacifiste adoptée après la Seconde Guerre mondiale, face notamment à la montée en puissance militaire de la Chine.
Tokyo a fortement musclé ses dépenses de défense, assoupli ses règles concernant l'exportation d'armements létaux, et a renforcé la coopération militaire avec d'autres pays de la région ayant des différends avec la Chine, notamment les Philippines.
Par ailleurs, le Japon et la Corée du Sud, tous deux alliés des États-Unis, ont vivement critiqué des vols conjoints de bombardiers et chasseurs chinois et russes ce week-end dans la région.
"Il s'agit du dixième épisode de ce type à proximité du Japon depuis décembre", a déclaré lundi Minoru Kihara, porte-parole du gouvernement japonais.
"Ces vols répétés (...) constituent clairement une démonstration de force à notre égard, et représentent une source de grave préoccupation pour notre sécurité nationale", a-t-il estimé.
Le ministère chinois de la Défense a, lui, indiqué que les forces aériennes chinoise et russe avaient mené une patrouille aérienne stratégique au-dessus de la mer du Japon, de la mer de Chine orientale et de l'océan Pacifique occidental, "démontrant leur détermination et leur capacité à préserver conjointement la paix et la stabilité régionales".
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X.Pietrzak--GL