Milei en France en promoteur d'une Argentine ouverte aux affaires, mais qui patine
Le président argentin Javier Milei est en France à partir de mercredi, en quête d'investissements pour une économie stabilisée mais dont redécollage et retombées se font attendre, au point de semer un doute sur l'issue de la présidentielle dans un an.
Le président ultralibéral, à Paris jusqu'au 2 octobre pour le forum "Argentina week", prendra la tête d'une importante délégation d'une demi-douzaine de ministres, d'une dizaine de gouverneurs de provinces, minières notamment, et de chefs de grandes entreprises.
Son voyage comprendra une allocution jeudi à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et, le même jour, une rencontre privée à l'Elysée avec son homologue français Emmanuel Macron, selon son agenda officiel.
Le chef de l'Etat argentin doit par ailleurs se voir décerner vendredi un prix lors du Paris Economic Forum "pour la cohérence et l'ampleur du programme économique qu'il a porté comme président", selon un communiqué.
En France, plusieurs syndicats (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et SGJ-FO) affiliés à la Fédération internationale des journalistes ont condamné sa venue, y voyant "une insulte à la liberté de la presse", en raison des attaques répétées du président Milei contre les médias.
- Vitrine de la "nouvelle Argentine" -
Dans une vidéo publiée mardi sur Instagram, le dirigeant au pouvoir depuis fin 2023 se représente en haut d'une tour Eiffel piquée d'un drapeau argentin, accompagné d'un lion.
L'"Argentina week" de Paris n'est que le second événement de ce type, après un précédent à New York en mars. Un égard salué de source diplomatique française, où l'on rappelle le bond de 63% des investissements directs en Argentine en 2024 (mines, énergie, agro-industrie).
La France y est le 7e investisseur, 5e si l'on exclut les juridictions de transit, type Pays-Bas.
Même au cœur de cette Europe "en train de couler", qu'il critiquait encore il y a quelques jours, Milei "a besoin de montrer que le monde ouvre sa porte à la +nouvelle Argentine+" qu'il incarne, analyse pour l'AFP Federico Zapata, politologue directeur du cabinet EscenariosAR.
Besoin aussi de capter, ou annoncer, de nouveaux investissements, "même s'ils auront difficilement un impact d'ici la présidentielle d'octobre 2027. Au moins, cela aide son narratif", ajoute l'expert.
Car l'économiste-président, qui se décrit comme "anarcho-capitaliste", a besoin d'aide. Si la stabilisation macro-économique ne fait aucun doute, avec une maîtrise de l'inflation - ramenée de 161% sur un an à 33% -, l'équilibre des comptes, la reconstitution partielle de réserves de change, ces trois ans d'austérité ont saigné industrie, emploi et consommation.
La pauvreté, rompant avec une tendance à la baisse, a rebondi de quatre points au premier semestre 2026, touchant près d'un Argentin sur trois.
Et l'économie, quoique officiellement en croissance (2% sur un an), s'est contractée de 0,6% au deuxième trimestre. Puis de nouveau en juillet.
C'est la "stabilisation récessive" diagnostiquée par de nombreux spécialistes, qui parlent d'une économie "planchada" (à plat), "aletargada" (léthargique) voire "congelada" (gelée).
Les secteurs des mines et hydrocarbures ont certes aimanté une bonne partie des quelque 50 milliards de dollars de projets d'investissements, au titre du "RIGI", un Régime d'incitation aux grands investissements assorti d'avantages fiscaux, douaniers et de change.
- L'espoir évanoui -
Mais l'industrie, désormais plus exposée à la concurrence étrangère avec l'ouverture commerciale du pays, a perdu 90.000 emplois en trois ans, avec des conséquences pour les partenaires de l'Argentine, dont la France.
"La destruction de l'industrie nationale (automobile, textile, électroménager, pharmaceutique) contribue à affaiblir" la position de pays "qui avaient une forte présence d'investissements directs dans ces secteurs", relève une analyse économique issue de la diplomatie européenne, à laquelle l'AFP a eu accès.
Et pour Javier Milei, un risque électoral prend forme. Lui qui ces derniers mois répétait à l'envi "Je suis en compétition avec moi-même", confiant dans sa réélection en 2027, voit sa cote de popularité au plus bas niveau depuis le début de sa présidence, avec une désapprobation autour de 55-60% selon les sondages.
"Il vit le pire moment de sa relation avec l'opinion, qui était jusque-là sa force, ce soutien sans intermédiaires, sans parti", estime Federico Zapata. "Derrière l'austérité, l'idée que les choses allaient s'améliorer dans un an permettait de supporter la dureté du présent. Cela s'est évanoui".
Sa chance, c'est peut-être l'absence de contre-proposition ou de leadership clairs de l'opposition péroniste (centre gauche). Ainsi que le souvenir encore frais dans l'opinion d'une inflation hors de contrôle.
Javier Milei projette désormais un peu plus loin l'échéance du bout du tunnel. "Si notre gouvernement est réélu en 2027, 2028 sera la meilleure année économique de l'histoire argentine", lançait-il jeudi à un cénacle d'investisseurs à New York.
E.Wlodarczyk--GL