Mieux connu, le harcèlement au travail ne recule pas, selon un baromètre
Avec un salarié sur trois déclarant en avoir été victime, le harcèlement au travail ne recule pas, bien qu'il soit de mieux en mieux connu, selon un baromètre du cabinet Qualisocial rendu public jeudi.
Dans cette enquête, réalisée par Ipsos BVA pour Qualisocial et le syndicat d'avocats d'entreprises en droit social AvoSial, 33% des salariés déclarent avoir été victimes de harcèlement au cours de leur vie professionnelle, une proportion similaire à celle obtenue quatre ans plus tôt dans un premier baromètre. Quatre sur dix disent en avoir été témoins.
Les jeunes travailleurs sont plus exposés que les plus âgés au harcèlement via les outils numériques (email, SMS, messagerie instantanée, réseaux sociaux...): 53% des 18-24 ans y ont été confrontés, contre 19% des 45 ans et plus.
Si le sentiment d'être bien informé sur la législation progresse nettement, de 15 points en quatre ans (de 35% à 50%), seuls 54% identifient correctement un cas caractérisé de harcèlement sexuel présenté dans l'enquête.
Les auteurs notent également que la libération de la parole reste relative. Un salarié sur deux redoute qu'un signalement nuise à sa carrière, une inquiétude plus forte chez les jeunes et les femmes.
Pour Magda Toma, psychologue du travail chez Qualisocial, la solidarité au travail constitue "un facteur de protection très important" des salariés mais "l'évolution des modèles de travail fait qu'il y a moins d'espace pour créer du collectif et créer cette solidarité".
Un article de la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, débattue en séance à l'Assemblée nationale à partir de jeudi, prévoit que la lutte contre le harcèlement sexuel devienne un thème obligatoire de la négociation collective dans les entreprises et les branches.
S'il juge positif d'"accélérer la prévention", le président de Qualisocial Camy Puech dit craindre que d'autres sujets, comme le harcèlement moral, soient occultés.
Les auteurs du baromètre appellent les entreprises à ne pas attendre les évolutions législatives pour agir. Ils leur conseillent de compléter les formations des salariés, managers et référents avec des modules fondés "sur des cas concrets", à garantir une procédure d'enquête impartiale et à "identifier clairement les canaux de signalement et les référents, rappeler régulièrement leur rôle et mesurer leur usage".
L'enquête a été réalisée en ligne par Ipsos BVA auprès d'un échantillon national représentatif de 2.000 actifs travaillant dans une structure privée ou publique d'au moins cinq personnes.
C.Pawlowski--GL