Encore balbutiant, l'éolien flottant en mer déploie peu à peu ses ailes
L'éolien flottant en mer déploie peu à peu ses ailes dans les eaux françaises mais pour améliorer sa compétitivité face à la technique aguerrie des éoliennes offshore posées sur les fonds marins, le secteur a besoin de monter en puissance pour faire baisser le prix des flotteurs.
Subissant d'ultimes tests, trois éoliennes flottantes au large de Leucate (Aude) et du Barcarès (Pyrénées-orientales) s'apprêtent à être mises en service cette semaine, capables à elles seules de produire l'équivalent de la consommation électrique annuelle d'une ville de 50.000 habitants.
Cette ferme pilote de 30 mégawatts (MW) est "un des rares parcs dans le monde" de turbines sur flotteurs, a expliqué Marc Hirt, le directeur général France de l'opérateur Ocean Winds, lors d'une expédition en mer au départ de Port-La Nouvelle (Aude) au pied des immenses moulins à vent de 186 m de haut.
Ce parc vise à éprouver cette technologie émergente qui a besoin d'un déploiement à grande échelle pour faire baisser les coûts d'industrialisation de ses flotteurs, a-t-il expliqué.
- Selon la profondeur -
Avec quelque 6.000 éoliennes reposant sur le fond marin en Europe, "la technique des éoliennes posées en mer est maîtrisée, mais elle a ses limites : la profondeur des fonds", explique le responsable d'Ocean Winds, une co-entreprise dédiée à l'éolien en mer créée par le français Engie et le portugais EDPR.
"Dans des lieux où les profondeurs sont importantes, les éoliennes flottantes nous permettent de nous éloigner des côtes et d'échapper aux reproches concernant le paysage", ajoute-t-il.
Selon lui, le potentiel d'installation d'éoliennes flottantes "est illimité en France et dans le monde". D'autant plus que du côté des éoliennes terrestres, le potentiel est également limité.
Les contraintes en France, notamment de radars civils et militaires, "empêchent d'augmenter la hauteur des éoliennes" au-delà de 130 à 150 mètres, rappelait récemment Samuel Renard, directeur général chargé des énergies renouvelables en France chez Engie.
- Un mégawattheure bien au-dessus du marché -
Dans le cas des trois Eoliennes flottantes du Golfe du Lion (EFGL) de 10 MW chacune, leurs flotteurs en acier -encore des prototypes-, s'ancrent avec trois grosses chaînes par 70 m de fond à 16 km des côtes.
Le montant investit dans le projet, qui éclot après dix ans de préparation, n'est pas divulgué mais l'électricité produite est vendue à EDF à 240 euros le MWh, largement au-dessus du prix du marché.
Les investissements publics comptent aussi pour beaucoup dans ce genre de projet: à la Région Occitanie, on rappelle que plusieurs dizaines de millions d'euros ont aidé à bâtir un "quai lourd éolien" à Port-La Nouvelle, indispensable à l'assemblage des flotteurs et des éoliennes. La Banque des territoires, filiale de la Caisse des dépôts (CDC), est aussi co-actionnaire de la ferme pilote, avec Ocean Winds, actionnaire majoritaire.
En Méditerranée française, deux autres fermes pilotes d'éoliennes flottantes sont en place: Provence Grand Large en face de Marseille, déjà en service, avec une puissance un peu moindre qu'EFGL (25 MW), et EolMed de l'opérateur français Qair, mise sous tension mais pas encore en service, au large de Gruissan (Aude) à quelques encablures d'EFGL et d'une puissance égale (30 MW).
Mi-octobre, l'appel d'offres d'un projet majeur d'éolien en mer (AO10) d'une puissance totale de 10 GW, dont la moitié en flottant, attend les candidatures sur des sites allant de la Manche au Golfe du Lion en passant par la Bretagne et Oléron.
Avant cela, le projet AO6 des Eoliennes flottantes d'Occitanie (EFLO), attribué à Ocean Winds, prévoit au début de la décennie 2030 l'installation d'un maximum de 19 éoliennes flottantes à 25 km au large des côtes de l'Hérault et de l'Aude.
D'une puissance totale de 250 MW, elles pourront fournir de l'électricité à un demi-million de personnes.
Avec ses 2.800 km de côtes, la France a décidé de se lancer dans l'éolien en mer en 2009. A horizon 2050, le pays s'est fixé pour objectif d'atteindre 45 gigawatts (GW) d'éolien en mer.
P.Nowak--GL