"Je vois tous les jours partir des missiles", témoigne un marin dans le Golfe
Wang Shang, marin chinois d'un navire marchand bloqué dans le Golfe par la guerre, assiste par la force des choses aux premières loges à la crise qui ébranle le Moyen-Orient et se sent "en danger".
"Je vois tous les jours partir des missiles et j'entends les explosions", dit Wang Shang, 32 ans, joint au téléphone par l'AFP.
Wang Shang, originaire de la province chinoise du Henan (centre), appartient avec deux compatriotes et quelques Indonésiens à l'équipage majoritairement philippin d'un transporteur de gaz de pétrole liquéfié (GPL) dont l'AFP tait le nom pour des raisons de sécurité.
Le bâtiment se trouve à environ 30 milles nautiques au nord de Dubaï.
"Cela fait déjà deux semaines que nous sommes coincés ici", dit Wang Shang, qui se sent "en danger".
Son bateau fait partie de ceux pris au piège par le conflit et l'obstruction par des attaques iraniennes du détroit d'Ormuz, par lequel transitent habituellement 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié.
Wang Shang se dit "inquiet". "Hier, la salle des machines d'un bateau a été touchée par un drone iranien à deux milles nautiques seulement du nôtre, ça fait environ 3.600 mètres, c'est tout près."
Cela s'est produit jeudi avant l'aube. Il a filmé une vidéo quand le jour s'est levé, révélant un panache de fumée noire s'élevant du bateau atteint.
Il s'agissait du Source Blessing, battant pavillon libérien, rapporte-t-il.
L'armateur allemand Hapag-Lloyd a indiqué jeudi que le Source Blessing avait pris feu après avoir été touché. Personne n'a été blessé. Hapag-Lloyd ignore d'où provenaient les projectiles, roquette, drone ou autre, a dit un porte-parole.
Wang Shang partage ces derniers jours son vécu dans des vidéos postées sur Douyin, l'équivalent chinois de TikTok.
- Risques "disproportionnés" -
Une de ses vidéos, datée du 28 février, le jour du déclenchement des hostilités par les États-Unis et Israël, montre la radio du bateau au moment où les autorités iraniennes déclarent le détroit fermé. "Attention à tous les navires, ici la Marine des Gardiens de la révolution islamique d'Iran. Pour votre information, le détroit d'Ormuz est désormais (la suite est tronquée, NDLR...) toute navigation dans le détroit d'Ormuz est interdite à compter de maintenant", proclame une voix martiale en anglais.
Les attaques sur les navires marchands augmentent, assure-Wang Shang.
Il s'alarme comme tout le monde que les Iraniens n'en viennent à miner le détroit. "Je ne crois pas que le détroit soit près de rouvrir, ni que la situation s'améliore".
L'inquiétude est d'autant plus grande que la communication avec les autorités est inexistante.
"Avec les autres navires, nous utilisons les canaux internationaux auxquels tous les bateaux ont accès. On surveille constamment le canal 16. Aussitôt qu'il y a du neuf, on le fait savoir aux autres sur le canal (16). Mais on n'a aucun contact officiel avec les autorités".
Il a entendu dire que les équipages d'autres navires percevaient une double rémunération durant la crise. "Sur notre navire, je ne sais même pas si nous toucherons la prime de guerre. Et même si c'est le cas, j'ai entendu dire qu'elle ne s'élevait qu'à 700 dollars, ce qui est très peu".
"Les risques que je cours sont disproportionnés par rapport à mes revenus", déplore-t-il.
F.Glowacki--GL