En Inde, des centaines de personnes réunies pour le premier rassemblement du "parti des cafards"
Des centaines d'étudiants se sont rassemblés dans la capitale New Delhi, pour la première manifestation d'un nouveau mouvement dit "Parti du peuple des cafards", afin d'exiger la démission du ministre de l'Education.
Le "Cockroach Janata Party" (CJP) a fait une apparition très remarquée dans le paysage politique indien et sur les réseaux sociaux plus tôt ce mois-ci à la suite de déclarations du président de la Cour suprême, Surya Kant.
Lors d'une audience, le magistrat a qualifié les jeunes qui critiquent le gouvernement de "cafards" ("cockroaches" en anglais) et de "parasites". Il s'est ensuite justifié en affirmant qu'il visait ceux qui utilisent de faux diplômes.
Le slogan du groupe - "un front politique de la jeunesse, par la jeunesse, pour la jeunesse" - est instantanément devenu viral sur les réseaux sociaux.
"La jeunesse du pays n'aura plus peur de personne, elle se battra", a déclaré Abhijeet Dipke, le leader du mouvement, aux partisans rassemblés sur le lieu de la manifestation qui portaient des masques de cafards en papier et des tracts.
Abhijeet Dipke, étudiant de 30 ans à l'université de Boston, a annoncé lundi son retour en Inde et appelé ses partisans à se rassembler le 6 juin dans la capitale pour exiger la démission du ministre de l'Education Dharmendra Pradhan, qui a fait l'objet de critiques en raison d'irrégularités, notamment des fuites de sujets d’examen et des problèmes techniques.
-Colère 'justifiée'-
"Les cafards n’ont jamais peur, ils ne meurent jamais non plus", s'est encore exprimé M. Dipke, vêtu d’un T-shirt blanc, tandis que les autres scandaient à l’unisson.
D’autres ont déclaré que la colère des jeunes était "justifiée".
"Nous voulons que le gouvernement rende des comptes", a déclaré à l'AFP Utkarsh Raj, un candidat aux études de médecine, sur le lieu de la manifestation, fortement gardé par des policiers en tenue antiémeute.
"Comment se fait-il que des sujets d’examen soient divulgués dans ce pays? Comment cela peut-il être juste?"
Le mois dernier, les autorités ont annulé le concours national d’entrée en faculté de médecine après que des enquêteurs ont mis au jour une fuite de sujets d’examen.
Les médias indiens ont rapporté des suicides d'adolescents à la suite du fiasco autour du National Eligibility Entrance Test (NEET), l’un des examens les plus compétitifs du pays.
Cela s’ajoute à une autre controverse liée au système de correction en ligne pour des épreuves passées par près de deux millions de lycéens.
- Problèmes de 'crédibilité' -
"L’Inde mérite une meilleure organisation des examens importants de la part du gouvernement", a déclaré Sarthak, 20 ans, qui n’a donné qu’un seul nom.
"Les jeunes doivent passer ces examens et on ne peut pas se retrouver dans une situation où ces systèmes d’examen n’ont plus aucune crédibilité", a déclaré Sapan Gyan, 52 ans, qui accompagnait ses fils à la manifestation.
L’Inde encadre strictement le contenu publié sur les réseaux sociaux, et certains des comptes du CJP ont été bloqués.
Sur la plateforme Instagram, il affiche désormais plus de 22 millions d'abonnés, soit plus que le BJP avec neuf millions d'abonnés et le principal parti d'opposition, le Parti du Congrès, à 13 millions d'abonnés.
M. Dipke, ancien stratège en communication politique pour le parti d'opposition Aam Aadmi Party (AAP), a lancé ce mouvement en ligne le 16 mai.
Le sigle du CJP est une référence au Bharatiya Janata Party (BJP, parti nationaliste indien) du Premier ministre Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014.
Dans une publication sur Instagram plus tôt cette semaine, M. Dipke a déclaré que l'avenir de la jeunesse indienne était "en train d’être gâché".
Malgré une croissance économique rapide, des millions de personnes dans le pays peinent encore à trouver des emplois stables et bien rémunérés, ce qui alimente le mécontentement parmi les jeunes.
Le chômage des jeunes dans le pays, qui concerne généralement les personnes âgées de 15 à 24 ans, était estimé à environ 16%, selon l’Organisation internationale du travail.
Ces dernières années, les pays voisins de l'Inde, notamment le Bangladesh et le Népal, ont été le théâtre de mouvements menés par des jeunes contre la corruption présumée et l’apathie politique, qui ont renversé les gouvernements en place.
S.Gorski--GL