En pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis, le Canada toujours plus proche de l'UE
Qualifié par son Premier ministre de "plus européen des pays non-européens", le Canada s'est lancé dans un rapprochement inédit avec l'Union européenne pour trouver outre-Atlantique un partenaire plus fiable que les Etats-Unis de Donald Trump.
Alors que le conflit commercial avec Washington s'envenime, Mark Carney sera mercredi le premier chef de gouvernement invité à assister à Strasbourg au discours sur l'état de l'Union de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Avant de s'exprimer lui-même le lendemain devant les eurodéputés.
Il profitera aussi de ce déplacement outre-Atlantique pour rencontrer pour la première fois le Premier ministre britannique Andy Burnham à Liverpool.
La visite de M. Carney à Strasbourg est un "symbole formidable", estime l'eurodéputé social-démocrate allemand Tobias Cremer, à l'origine d'une résolution adoptée en mars par le Parlement européen et appelant à une coopération plus poussée entre l'UE et le Canada.
"Le Canada possède bon nombre de ressources dont l'Europe manque cruellement, qu'il s'agisse d'énergie, de terres rares, de minerais", a-t-il dit à l'AFP.
Et tout autant bousculée que le Canada par le retour au pouvoir l'an dernier de Donald Trump, l'UE veut elle aussi "diversifier" ses partenariats, comme elle l'a fait en signant un accord commercial avec l'Inde cette année, et "réduire les risques", selon l'eurodéputé.
Le rapprochement entre Bruxelles et Ottawa s'est notamment illustré depuis un an avec un accord sur la participation des Canadiens à un programme européen d'aide à l'industrie de défense, ou avec l'invitation de M. Carney en mai dernier à la grand-messe de la famille européenne élargie en Arménie.
"Nous sommes le plus européen des pays non-européens", y avait-il dit, en jugeant que l'Europe et le Canada n'étaient pas "condamnés à (se) soumettre à un monde plus transactionnel, insulaire et brutal".
Moins politique, mais tout aussi symbolique, le Canada a été invité à rejoindre le concours Eurovision de la chanson et cherche actuellement l'artiste qui le représentera.
- "Intenses discussions" -
Le déplacement de l'ancien banquier central à Strasbourg et le sommet Canada-UE prévu à Montréal fin octobre permettront de mener "d'intenses discussions" en vue de "bâtir un partenariat plus solide et plus profond en matière économique et de sécurité", a dit M. Carney fin août.
Jusqu'à envisager une adhésion à l'Union européenne, une idée soutenue à divers degrés, selon un sondage du mois d'avril, par 57% des Canadiens?
Interrogé jeudi à ce sujet, lors de la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky au Canada, Mark Carney a botté en touche, faisant rire l'assistance en assumant d'avoir donné une "non-réponse" à cette question.
L'article 49 du traité sur l'Union européenne prévoit que "tout État européen" qui respecte, entre autres, les valeurs de dignité humaine, de liberté et de démocratie, peut demander à devenir membre de l'Union.
Définir ce qu'est un pays "européen" n'est pas nécessairement simple, mais démontrer que le Canada remplit les critères pourrait s'avérer compliqué...
- Pas "réaliste" -
Ignacio Garcia Bercero, analyste au sein du think tank bruxellois Bruegel, juge que l'idée d'une adhésion n'est pas "vraiment une perspective réaliste". En 1987, le Maroc s'était vu refuser sa candidature car il n'est pas un Etat européen.
Mais nouer des liens étroits avec l'UE ne doit pas forcément passer par une adhésion pure et simple, ajoute-t-il en citant l'exemple de la Suisse ou de l'Islande.
Quoi qu'il en soit, se rapprocher de l'UE n'apparaît pas, pour le Canada, comme un remède miracle à sa forte dépendance au marché américain.
En effet, les exportations du Canada vers l'UE représentaient en juillet plus de 5% du total des exportations canadiennes, quand celles vers les Etats-Unis totalisaient près de 70%.
Le Canada et l'UE ont déjà signé en 2016 un accord de libre-échange, le Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement), qui supprime les droits de douane sur 98% des produits échangés.
Fortement critiqué, notamment par les éleveurs français, cet accord n'a toujours pas été ratifié par dix pays de l'UE sur 27, dont la France. Appliqué provisoirement depuis 2017, il n'est donc toujours pas pleinement entré en vigueur.
H.Zajac--GL