Cerné par les crises, Lecornu cible la colère sociale et temporise sur les lycéens
Attendu sur la révolte lycéenne et les autres crises qui pourraient s'agréger, Sébastien Lecornu a concentré sa réponse sur la colère sociale en annonçant une baisse à venir des prix à la pompe pour les carburants.
"Nous sommes dans une situation difficile, mais nous ne sommes pas pour autant sans réponse", a assuré le Premier ministre dans une allocution enregistrée et prononcée depuis Matignon - une habitude pour son locataire avare de sa parole.
Le chef du gouvernement a surtout pris des mesures susceptibles d'alléger la pression sur les prix des carburants et de l'électricité qui entament le pouvoir d'achat, thème majeur de la présidentielle.
Il a annoncé qu'il mettrait 10 millions de barils de gazole, issus des stocks stratégiques, à la disposition des distributeurs en France "au prix de revient", assurant que cela permettra une baisse de 12 à 18 centimes du prix du litre à la pompe. Il en discutera prochainement avec les distributeurs réunis à Matignon.
Des annonces qui devraient être sans impact sur le budget, alors que Sébastien Lecornu a réitéré son objectif de ramener le déficit public du pays en 2027 à 5% du produit intérieur brut, après un dérapage à 5,4% en 2026.
"Je le dis avec gravité, pas davantage", a-t-il ajouté, désireux de ne pas dramatiser l'enjeu, sachant que les marchés scrutent de près l'adoption du budget, périlleuse faute de majorité à l'Assemblée, et la campagne présidentielle.
- Convergence -
Le Fonds monétaire international avait ainsi alerté mercredi sur une "détérioration durable" du pouvoir d'achat des ménages face à l'inflation alimentée par les guerres.
Mais les aider contre la flambée des prix de l'énergie "en creusant le déficit" n'est "plus tenable" face à la remontée des taux et coûts d'emprunts, a averti sa cheffe Kristalina Georgieva.
Pour les agriculteurs qui souffrent des conséquences des canicules à répétition de cet été, le Premier ministre a renvoyé à des "annonces" qui seront faites jeudi par la ministre Annie Genevard au salon de l'élevage à Cournon-d'Auvergne (Puy-de-Dôme).
Les syndicats agricoles sont unanimement remontés contre le projet de budget qui ne contient pas à leurs yeux le plan de relance promis.
En séparant colère sociale et agricole, le chef du gouvernement cherche-t-il à scinder les réponses pour ne pas laisser coaguler les protestations ?
Le leader et candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon considère lui que le mouvement des lycéens se transforme déjà en une "crise politique globale", au bénéfice, espère-t-il, de sa formation.
Deux Français sur trois (64%) pensent que le mouvement lycéen pourrait se propager à d'autres secteurs, selon un sondage Elabe paru mercredi.
L'exécutif craint la convergence des colères, si celle de la jeunesse rencontre les mécontentements d'autres secteurs.
- "Gagner du temps" -
Face à la mobilisation des lycéens, qui ont appelé à manifester à nouveau jeudi et ont demandé à être reçus rapidement à Matignon, il a joué la carte de l'apaisement.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a aussi annoncé mercredi matin suspendre l'usage des grenades assourdissantes pour ce mouvement.
Mais faute d'annonce concrète, la leader écologiste Marine Tondelier y a vu une "stratégie" qui vise à "gagner du temps" avec le renvoi des annonces pour les lycéens à la fin du mois d'octobre.
Et elle a pointé un Premier ministre qui "organise lui même les prémisses d’une convergence des luttes" pour le 17 octobre, jour d'appels divers à manifester, en réunissant "dans une même allocution les revendications des lycéens, celles des agriculteurs et celles des Français dépendant du prix du carburant".
"Et si nous défilions ensemble ?", a lancé la cheffe des Ecologistes.
Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a lui estimé, en le déplorant, que Sébastien Lecornu était "incapable d’annoncer une seule mesure concrète pour répondre à la colère lycéenne".
O.Kubiak--GL