IA: Anthropic dévoile un premier résultat de son laboratoire de biologie
La start-up américaine d'intelligence artificielle (IA) Anthropic a dévoilé mercredi le premier résultat de son nouveau laboratoire de biologie moléculaire, un système d'enzymes inconnu repéré par son modèle Claude, qu'elle présente comme la démonstration que l'IA peut accélérer la recherche fondamentale.
Selon l'entreprise, près d'un millier de copies de Claude travaillant en parallèle ont passé au crible une base de séquences d'ADN pendant 21 heures pour réaliser une analyse qui prendrait des semaines, voire des mois, à un chercheur.
Ces agents IA ont remarqué, dans des virus qui s'attaquent aux bactéries, un motif apparemment passé inaperçu jusqu'ici: de courts fragments d'ADN répétés à intervalles réguliers, à côté d'une enzyme déjà connue et d'une protéine dont on ignore le rôle.
Cette organisation rappelle celle de CRISPR, un mécanisme de défense des bactéries dont les scientifiques ont tiré des ciseaux moléculaires capables de modifier les gènes, à la base de médicaments d'édition génomique.
Le patron d'Anthropic, Dario Amodei, qui appelait il y a onze jours à "temporiser" l'amélioration de l'IA face à ses risques, a estimé mercredi sur X qu'elle suivait en biologie une trajectoire "exponentielle", tout en reconnaissant que la portée de la découverte n'était "pas encore claire".
Le rôle de ce système, baptisé ART, reste inconnu, affirme Anthropic, qui a publié ses résultats sous forme de prépublication, pas encore évaluée par d'autres scientifiques.
Cité par Anthropic, Feng Zhang, l'un des pionniers de CRISPR et professeur au MIT, juge "vraiment intrigante" l'identification de ces fragments d'ADN répétés et estime que la découverte "mérite d'être approfondie". Dario Amodei a par ailleurs indiqué qu'une équipe de l'université Stanford avait décrit de façon indépendante un système comparable, mais distinct.
Constituée au printemps, l'équipe du laboratoire d'Anthropic travaille dans la région de San Francisco et ne manipule pas de pathogènes pouvant infecter l'humain. Toutes les expériences sont menées par des chercheurs, précise Anthropic. Dario Amodei n'exclut pas que Claude, à terme, pilote lui-même des équipements de laboratoire, "avec des garde-fous appropriés".
L'entreprise a lancé fin juin Claude Science, un environnement de travail pour chercheurs, et annoncé ses propres recherches de médicaments contre des maladies rares.
Son concurrent OpenAI s'est illustré, lui, dans la recherche mathématique: il a revendiqué début septembre la résolution de l'un des sept problèmes du millénaire, consacré à la mécanique des fluides.
Dario Amodei a de nouveau évoqué mercredi son objectif de "guérir la plupart des maladies en 5 à 10 ans", tout en reconnaissant que l'IA ne raccourcirait pas, en soi, la durée des essais cliniques.
G.Grabowski--GL